Un champignon en Dordogne… et un sérieux problème!
Ce 10 mars 2026, dans un bois de Condat-sur-Vézère, j’ai trouvé un champignon qui n’est normalement pas d’ici : le bolet des chênes verts (Leccinellum lepidum).
Cette espèce est une espèce dite méditerranéo-atlantique et pousse habituellement sous les chênes verts dans les régions au climat plus chaud et plus sec.
Alors bien sûr, certains diront que ce n’est qu’un champignon. Une anecdote de promeneur. Mais c’est justement comme cela que la nature nous parle : par de petits signes. Et ces signes deviennent de plus en plus nombreux.
Les espèces se déplacent parce que le climat se dérègle. Les plantes, les insectes, les oiseaux, les champignons remontent vers le nord à mesure que les températures augmentent. Ce que l’on observait hier en Provence (voire sous les Tropiques !) commence aujourd’hui à apparaître dans le Sud-Ouest.
Ce phénomène est documenté par les scientifiques depuis des années. Et pourtant, nous continuons à agir comme si de rien n’était, ils ne l’ont pas dit à la TV !
Pendant ce temps, les écosystèmes se fragilisent. Les forêts sont morcelées par l’urbanisation, l’agriculture intensive appauvrit les sols, et les incendies deviennent de plus en plus fréquents. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) rappelle que les champignons – pourtant indispensables au fonctionnement des forêts – sont eux aussi menacés par ces transformations.
C’est un problème majeur dont on parle très peu. Les champignons ne sont pas seulement des curiosités pour mycologues ou des produits de cueillette. Ils sont le système racinaire invisible des forêts. Par leurs réseaux souterrains, ils permettent aux arbres d’absorber l’eau et les nutriments. Sans eux, les plantes ne pourraient pas survivre.
Autrement dit : si les champignons disparaissent ou se déplacent massivement, c’est tout l’équilibre des écosystèmes qui est remis en cause.
Alors oui, trouver un bolet méditerranéen en Dordogne n’est pas un exploit personnel. C’est plutôt une question inquiétante.
Jusqu’où ces espèces vont-elles remonter ?
Quelles espèces locales vont disparaître ?
Pas de tricholomes ou très peu … Ils se sentent mieux dans le Jura !
Au cours de l’année 2025, 1 jour sur 2 a enregistré une température au-dessus de la normale de saison, contre 1 jour sur 5 seulement sous la normale, signe de l’évolution rapide de notre climat.
Et surtout, combien de signaux faudra-t-il encore avant que nous prenions vraiment la mesure du problème ?
Le changement climatique n’est pas une abstraction. Il ne se limite pas aux rapports scientifiques ou aux conférences internationales. Il est déjà là, sous nos pieds, dans les forêts, dans les champs, dans ces petits détails que la nature nous montre.
Et pendant que les équilibres du vivant se déplacent lentement, certains continuent de hausser les épaules en disant que tout va bien.
Oui… mais maintenant on fait du vin en Normandie.
Un autre exemple de champignon qui remonte dans le Nord:
Cette espèce tropicale originaire de Nouvelle-Zélande a été trouvée pour la première fois en France en 2015, dans les Pyrénées. Depuis, elle ne cesse de s’étendre le long de la côte Atlantique, et est aujourd’hui présente jusque dans le Cotentin.

Article et photos: Stépanie Oyarbide Pradelou




